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Naviguer à l’aveuglette

19 janvier 2012

(Source: Le Devoir, novembre 2010)

Décidément, c’est un thème récurant depuis plus d’un an : la crise au Parti Québécois n’en finit plus de finir ! Après les départs de Louise Beaudoin, Pierre Curzi, Jean-Martin Aussant et Lisette Lapointe l’an passé, c’était au tour de Daniel Rathhé et François Rebello de se joindre au nouveau parti François Legault. Au même moment, Bernard Drainville se répand à nouveau dans les médias en affirmant que le PQ est en danger de disparition, pendant que lui et la direction de son parti sont emmêlés dans un chassé-croisé médiatique autour de l’opportunité – ou non – de conclure une alliance électorale avec Québec Solidaire. Bref, depuis plus d’un an déjà, le Parti Québécois semble naviguer à l’aveuglette dans les eaux troubles de la politique québécoise, alors que Pauline Marois peine, encore, à établir un plan de match et une vision claire de son programme politique. Plus que jamais, le temps faisant son œuvre, il semble inévitable qu’elle doive quitter, et au plus vite, la barre du navire si le parti de René Lévesque veut conserver ses chances de survivre à la prochaine élection. Et ceci, pour plusieurs raisons.

 Souveraineté : un pas en avant, un pas en arrière

Lors de la conférence de presse durant laquelle il a annoncé sa démission, Jean-Martin Aussant affirmait ne pas croire en le plan de « gouvernance souveriniste » mis de l’avant par Pauline Marois, qu’il jugeait personnellement incapable de réaliser l’indépendance dans un avenir proche. Un constat similaire semblait être partagé par les trois précédents démissionnaire, Lisette Lapointe et Jacques Parizeau réaffirmant la nécessité, selon eux, de « transformer le rêve en projet » et de remettre de l’avant l’argumentaire indépendantiste devant mener à une nouvelle consultation référendaire. Or, pendant un an, la direction du parti a maintenu le cap sur son plan de gouvernance souverainiste, jugeant que le fruit n’était pas mûr afin de lancer un nouveau processus consultatif autour de la souveraineté. Dans leur optique, la multiplication des demandes envers Ottawa et le rapatriement de nouveaux pouvoirs serait le moyen de faire progresser l’idée d’indépendance. En clair, en mettant de l’avant un agenda autonomiste, « les Québécois prendraient goût à la liberté ». Voici donc que Pauline Marois, il y a à peine une semaine, sortait de sa retraite mexicaine pour affirmer qu’elle avait l’intention de remettre la souveraineté à « l’avant-plan » de l’action politique du Parti Québécois. Est-ce donc une admission tacite que cette même souveraineté avait été mise de côté dans la dernière année dans le but d’attirer un maximum d’électeurs nationalistes vers le PQ ? La Presse affirme : « Dans une approche pédagogique, un peu à l’image des États généraux sur la souveraineté présentement en préparation, elle dit qu’il faut s’attarder au ‘’pourquoi de la souveraineté’’, plutôt qu’au ‘’comment. ‘’ » Ironie du sort, elle annoncera demain le recrutement de Daniel Breton, militant écologiste et ancien candidat du NPD, qui sollicitera les suffrages sous la bannière péquiste aux prochaines élections.

Le même Daniel Breton qui, alors qu’il était candidat sur la scène fédérale, avait affirmé : « Je suis sympathique à la cause souverainiste, mais la priorité actuellement, c’est l’avenir de la planète, pas la souveraineté. » (Le Devoir, février 2008) Pas plus tard que le 15 janvier dernier, toujours selon le Devoir, il affirmait en marge d’un débat de la course à la direction du NPD que : « Les députés [néodémocrates] ont la ”responsabilité” de démontrer que le succès du NPD au Québec n’est pas qu’un ”feu de paille” ». Je serais de savoir ce qu’en pense le nouveau chef du Bloc Québécois …

 Alliance ou pas ?

Depuis la dernière sortie médiatique de Bernard Drainville, c’est désormais le thème de l’alliance avec Québec Solidaire qui retient l’attention des dirigeants péquistes. Le député de Marie-Victorin faisait de cette alliance une condition presque nécessaire à un succès électoral futur des souverainistes face à Jean Charest et à la Coalition de François Legault. Ironie du sort, le parti que beaucoup de péquistes appelaient il n’y a pas si longtemps encore « Québec solitaire » devient aujourd’hui l’une des planches de salut de leur formation politique, reléguée en troisième place dans les sondages d’opinion. Drainville, qui semblait encore vouloir exposer son agenda politique particulier en décalage d’avec celui de sa chef (peut-être tente-t-il encore de dessiner les contours de sa future candidature ?) se fit promptement contredire par la porte-parole de Pauline Marois qui affirmait que la porte était fermée … avant que de l’entrouvrir quelques jours plus tard, La Presse et Le Devoir (18 janvier) rapportant que la chef péquiste avait décidé « d’ouvrir son jeu ». Encore une fois, la confusion règne autour de ce dossier hautement sensible pour la suite des choses. Volonté réelle de négociation ou stratégie afin de désamorcer la bombe à retardement posée par Bernard Drainville à quelques jours du prochain conseil national péquiste ? Tous les scénarios semblent possibles …

Mettre fin au cynisme. Vraiment ?

Suite à la démission de François Rebello, Pauline Marois y est allée d’une sortie virulente contre son ancien député, l’accusant d’alimenter le cynisme de la population envers la classe politique en adoptant une posture purement électoraliste dans le but de conserver son siège de La Prairie. Dans cette même optique, et malgré le fait que le PQ a tenu un congrès national en avril dernier à l’issu duquel le programme péquiste a été actualisé et remanié, Marois et son entourage ont senti le besoin de lancer, à l’automne dernier, des idées afin de « changer la politique ». Bernard Drainville y est aussi allé de son propre plan, mettant de l’avant l’idée – pas nouvelle du tout – de tenir des consultations d’initiative populaire alors que Pascal Bérubé découvrait, de son côté, les vertus de la consultation populaire. Est-ce donc dire qu’après quelques mois seulement, et devant son besoin de lancer encore une fois de « nouvelles » propositions, la chef péquiste juge que son programme politique ne va pas assez loin? Que les militants du congrès d’avril ont accouché d’un programme politique peu ambitieux? Le fait que Pauline Marois accuse Rebello d’alimenter le cynisme de la population est, en soi, une sortie tout à fait absurde. Devons-nous rappeler que Pauline Marois n’a pas hésité à faire exploser son caucus en entérinant l’idée d’utiliser l’Assemblée nationale du Québec afin de légitimer une entente privée et pour le moins controversée entre la ville de Québec et Quebecor ? Une entente sur laquelle enquête désormais le commissaire au lobbyisme (Le Devoir, décembre 2011). Quel était donc le but de cet appui politique purement opportuniste, sinon que d’augmenter les appuis du PQ dans la capitale nationale? En terme d’électoralisme, Pauline Marois n’a visiblement aucune leçon à donner. Le spectacle affligeant des députés péquistes se dévouant afin de faire adopter le projet de loi Péladeau-Labeaume est l’illustration parfaite d’un manque alarmant de jugement politique à la tête du Parti Québécois. Enfin, Pauline Marois est cette même leader qui affirmait l’an passé, devant les allégations de malversation politique qui planaient du côté libéral, que l’examen de ses propres comptes de campagne lors de la course à la chefferie de 2005-2006 n’était pas « pertinent » …

Nous aurions pu prolonger ainsi la liste des contradictions politiques de Pauline Marois pendant environ trois pages, mais cela ne servirait de rien puisqu’un constat s’impose : le leadership péquiste est en perte de repères et il ne sait visiblement pas quel corde politique pincer afin de faire vibrer la corde de ses militants démobiliser. Présentement, Pauline Marois tente de colmater les brèches de son navire plutôt que de le diriger avec un horizon bien défini vers la prochaine élection. Est-elle victime du désaveu de près d’une dizaine de députés démissionnaires? Rejeter la faute sur les épaules des Beaudoin et cie. serait ignorer qu’en amont, il existait – et existe toujours – un problème de leadership au sein de la famille péquiste. Difficile, lorsque l’on évolue sur la scène politique québécoise depuis plus de trente ans, d’affirmer représenter un changement dans la vie politique du Québec. Pauline Marois devrait partir, avant que l’on ne se souvienne d’elle non pas comme de la ministre innovante qu’elle a déjà été, mais comme de la leader qui n’a su que tirer dans toutes les directions dans l’espoir de sauver son fauteuil de chef de parti …

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